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 ECOLE NATIONALE D'ADMINISTRATION 
L'exode rural

 
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Etna


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MessagePosté le: Mar 21 Juil - 19:07 (2009)    Sujet du message: L'exode rural Répondre en citant
L'exode rural est de ces sujets dont on pense tout savoir. Des campagnards, chassés en masse par la sécheresse et la pauvreté grossissent chaque année par milliers les périphéries urbaines et les bidonvilles, sans arriver à s'intégrer vraiment dans la vie citadine. 
 
Comment l'idée germe
Rappelons une évidence : c'est d'abord la précarité qui chasse les ruraux vers les zones urbaines. Cassons un lieu commun : cela n'a rien à voir avec la sécheresse. Le manque d'eau pénalise, en effet, les propriétaires terriens. Or, les propriétaires terriens sont généralement assez riches pour ne pas souffrir de précarité. Ou pas autant, en tout cas, que la majorité de leurs voisins ruraux, qui travaillent comme saisonniers quand c'est possible. Le cas de ruraux ayant vendu leurs terres pour s'installer en ville est, apparemment, très rare. Sur 70 néo-urbains que nous avons rencontrés, aucun ne correspondait à ce cas, ou n'avait connu quelqu'un qui y correspondait.
Par ailleurs, la décision d'exode est toujours, d'une manière ou d'une autre, prise sous l'influence de proches. Cousins ou anciens voisins ayant fait le grand saut avant eux, ceux qui reviennent au village pour de courtes vacances n'ont même pas besoin de vanter les mérites de la ville : leur apparence parle pour eux. "Propres, bien habillés, chargés de cadeaux, quand on les voit au village, c'est comme s'ils revenaient de l'étranger". L'image est, bien entendu, trompeuse. Très rares sont ceux qui, ayant émigré de la campagne à la ville, réussissent vraiment un processus d'ascension sociale. Mais quelqu'un de pauvre en ville restera toujours, la relativité aidant, plus "riche" que ses anciens camarades du douar. Les produits apportés en cadeau (denrées alimentaires et vêtements, le plus souvent) sont moins précieux par leur prix que par l'impossibilité, ou au moins la grande difficulté, de se les procurer à la campagne. Et de toute façon "ça ne se fait pas" de revenir au village les mains vides. Même si on doit se saigner pour faire bonne figure, question d'honneur.

Premières impressions
Une fois émigrés en ville, les déconvenues sérieuses (manque de débouchés, revenus aléatoires) ne se font ressentir qu'après quelques mois. Dans un premier temps, on remarque tout juste que "la ville" est plus sale qu'on ne le pensait, et on apprend à vivre avec une donnée nouvelle, totalement absente en milieu rural : l'insécurité. Au commencement de leur nouvelle vie, les néo-citadins constatent surtout que les rapports humains n'ont rien à voir avec ceux qui ont cours "là-bas". Pendant plusieurs mois, l'image du "boujadi" (blédard) colle à la peau des nouveaux arrivés. Sans les exposer nécessairement aux moqueries (quoique : "On entend souvent : "l'aâroubia fihoum riht laghnem" - ils sentent le bétail), elle en fait des cibles désignées à diverses petites arnaques. "On ne connaît pas les prix des choses, au début, alors on se fait souvent avoir". Les voisins ne sont pas hostiles, mais distants ; c'est à peine s'ils disent bonjour. Dans des quartiers à forte densité humaine, être anonyme à ce point est une réalité nouvelle et guère facile à affronter pour des gens habitués à vivre en communauté.

Une meilleure qualité de vie
Reste que la vie en ville, aussi précaire et déshumanisée soit-elle, offre aux nouveaux immigrés une quantité de petites facilités auxquelles on ne pense pas. Celle qui revient le plus souvent : "En ville, je peux acheter des choses à toute heure. Les commerces sont toujours ouverts, si je manque de quelque chose, j'ai quelques pas à faire pour sortir l'acheter". Cela n'a l'air de rien, mais cela change une vie. À la campagne, les villages dotés d'une épicerie sont rares et l'unique source d'approvisionnement, y compris pour les denrées de première nécessité, est le souk hebdomadaire. Dans le même ordre d'idées, les mères de familles sont ravies d'acheter à leurs enfants à la laiterie du coin des "cakes", yaourts ou autres petites choses peu chères et déjà préparées. "À la campagne, il n'y a rien de prêt qui se vend. Pour donner le petit-déjeuner à ma famille, je dois me lever une heure avant tout le monde et préparer des mlaoui ou autre chose, tous les matins". Voilà une astreinte que la ville permet de dépasser. Pour les femmes, en somme, la ville, c'est la liberté : faire ses courses soi-même, prendre le bus soi-même… Ce que les "néo-urbaines" ne disent pas spontanément (mais elles confirment, si on leur pose la question), c'est que la ville leur apporte cette grande nouveauté : la possibilité de sortir seule, sans le mari. Par nécessité pratique, les hommes ne peuvent interdire à leurs femmes de sortir de la maison, de se mélanger avec d'autres personnes - dont des hommes.
L'accès à l'eau, bien entendu, est un avantage majeur de la ville. Si on n'a pas l'eau courante chez soi, la fontaine publique n'est jamais loin. Rien de commun avec des villages où la corvée d'eau ("sgui") est une astreinte quotidienne d'autant plus pénible que les sources sont éloignées. Idem pour tout ce qui concerne la cuisine. Des ustensiles que les citadines ne voient plus tellement elles y sont habituées constituent de grands progrès pour l'ancienne femme rurale. La "bouta" de gaz, par exemple. "Pour 10 DH, je peux cuisiner autant que je veux quand je veux, alors qu'avant il fallait, pour chaque chose que je préparais, avoir le bois de chauffe (hteb) nécessaire". La ville est aussi un remède souverain contre… l'ennui. "À la campagne, il n'y avait rien à faire. On priait, on mangeait, on dormait. Ici, même sans boulot, il y a toujours quelque chose pour s'occuper. Ne serait-ce que se poser dans un café et discuter, ou voir passer les gens…". Grande nouveauté, aussi : la vie nocturne. Inexistante à la campagne, elle change radicalement la vie des néo-urbains.

Des infrastructures proches
Les écoles aussi, évidemment, changent la vie. Pas uniquement parce qu'elles sont proches (on connaît bien l'image de l'enfant condamné à effectuer plusieurs kilomètres à pied chaque jour pour aller en classe), mais aussi, et surtout, pour… la qualité des écoles urbaines. Relativité, relativité ! Alors que les classes en sureffectifs sont un objet de protestation régulière de tous les contempteurs de l'éducation nationale, elles offrent "plus d'espace aux enfants", de l'avis unanime des personnes interrogées. Le fait que chaque enfant ait une chaise et au moins une demi-table pour soi est vécu comme un grand progrès, par rapport à une situation où, à force de matériel détérioré et non remplacé, les petits se mettaient à quatre ou cinq autour de la même table et se relayaient pour s'asseoir. La "qualité" de l'enseignement urbain se mesure aussi… aux efforts d'encadrement des enseignants ! Venant d'une ville pour la plupart, leurs week-ends commencent souvent le vendredi et prennent fin le lundi soir. Autant de jours de cours en moins et personne pour les contrôler, puisque les écoles rurales ne sont pas des "écoles" à proprement parler. Il ne s'agit le plus souvent que de salles de classe (une à trois) avec le "maître" pour seule autorité. Pas de surveillant, ni de directeur… S'il pleut, il n'est pas rare que l'instit ne vienne pas. Et quand il est là, les cours ne durent qu'une demi-journée, contre une journée pleine en ville. Autant d'heures en plus de "garde d'enfants" (donc de travail) pour les mères. En ville, tout change ! "Si mon enfant s'absente de l'école, on me convoque pour m'en informer. Ça n'arrive jamais, à la campagne. Là-bas, si tu donnes à l'instituteur ce qu'il demande, du blé, de l'huile, des œufs, l'enfant peut réussir sans rien savoir du tout". Cela, sans oublier la différence majeure : à la campagne, l'école ne va jamais au-delà du primaire. Pour qu'un enfant poursuive sa scolarité, il doit impérativement être envoyé en ville chez une connaissance, séparé de ses parents, avec tout ce que cela implique comme frais. Les abandons de scolarité s'expliquent en grande partie ainsi.
Les hôpitaux constituent aussi un changement majeur dans la vie des néo-urbains. Avant, l'éloignement des dispensaires les condamnait à la précarité sanitaire. Tout problème de santé mineur pouvait dégénérer, vu le temps qu'il fallait pour transporter le ou la malade au centre de soins le plus proche. Les histoires abondent sur les femmes mortes au terme d'un accouchement difficile. Un homme nous a parlé d'un cousin piqué par un scorpion. Il avait fallu trois quarts d'heure pour transporter le blessé à l'hôpital le plus proche. Il en est mort, alors qu'une piqûre rapide d'anti-sérum l'aurait sans doute sauvé. Des drames pareils, il s'en produit des dizaines de milliers par an au Maroc. En ville, tout change. L'hôpital est toujours à portée d'un taxi et les soins, s'ils ne sont pas d'une qualité irréprochables, ont au moins l'avantage d'être gratuits… pour peu qu'on dispose d'un certificat d'indigence, le matériel médical nécessaire est tout aussi gratuit (sauf pour les habitants de Rabat, qui souffrent de la gabegie sans nom de l'hôpital Avicenne, cf. TelQuel n° 77).

Tout s'achète, mais où est l'argent ?
Mais ce n'est pas parce qu'"il y a tout en ville" que tout est accessible. Encore faut-il avoir l'argent. "C'est moins grave d'être pauvre à la ville que pauvre à la campagne, entend-t-on souvent. Là-bas, il y a moins de choses à acheter, mais il y a aussi moins de besoins". "À la campagne, le logement est gratuit, l'eau aussi… Ici, tout se paie. Il faut être riche, pour vivre en ville", déclarent sans exception tous ceux que nous avons interrogés. Le travail, voilà la denrée rare. Hormis un concierge d'immeuble et un jeune qui travaille dans une télé-boutique, aucun des hommes que nous avons rencontrés n'a de travail fixe. Tous exercent occasionnellement dans le secteur informel, soit comme manœuvres dans le bâtiment, soit comme cireurs, vendeurs à la sauvette ou encore comme taleb maâchou, ces hommes qui mettent leurs bras à louer pour toutes sortes de travaux. Impossible d'assurer dans ces conditions un revenu régulier. "Chaque jour, je sors de la maison et je cherche un travail en posant la même question : est-ce que je vais ramener un peu d'argent ce soir ?". Le déséquilibre entre l'offre et la demande étant énorme, ce n'est pas le cas tous les jours, loin de là. Et même quand on trouve une activité sur un ou deux jours, "on reste totalement à la merci des employeurs. Ils paient ce qu'ils veulent, quand ils veulent". Une remarque intéressante : l'idée que l'État doive "leur trouver du travail", classiquement invoquée par les diplômés chômeurs, semble étrange à la plupart des anciens campagnards émigrés en ville. L'assistanat semble être une revendication "d'éduqués" ("qaryine"). La majorité des hommes interrogés pensent que trouver du travail ou pas relève de leur unique responsabilité. À l'État, ils demandent simplement un contrôle plus efficace de leurs employeurs, pour éviter qu'ils ne se fassent trop exploiter.
Anciennement au foyer ou cantonnées aux corvées d'eau et de bois, les femmes sont bien obligées de "sortir", elles aussi, à la recherche de dirhams. Un seul travail possible : faire des ménages chez des familles relativement plus fortunées. Là aussi, la demande de travail excède l'offre, mais il est plus facile de travailler pour une femme de cette catégorie sociale que pour un homme. Ne serait-ce que parce que, analphabétisme et faible conscience des droits aidant, les femmes prennent ce qu'on leur donne sans discuter - cela peut descendre parfois jusqu'à 10 DH pour une journée de travail ! Mais la grande majorité des femmes que nous avons rencontrées sont plus prosaïques que leurs maris : "Je préfère ramener 10 ou 20 DH chez moi que refuser du travail et ne pas avoir de quoi nourrir mes enfants". En faisant des ménages, les néo-urbaines découvrent non seulement ce que c'est que de travailler dans la maison d'autrui, mais aussi… de s'y faire humilier : "Les maîtresses de maison fouillent toujours nos affaires, de peur qu'on ne vole quelque chose". Un problème auquel on pense rarement : quand une femme fait un ménage ou s'occupe des enfants d'autrui, qui garde ses enfants à elle ? Ou plutôt qui les gardera gratuitement, quand les grand-mères, responsables traditionnelles de cette tâche, sont restées au douar ? Le quartier de cette femme de Fès bruisse encore du scandale qui l'avait secoué l'été dernier. À chaque fois qu'elle faisait des ménages, une femme, fraîchement débarquée de la campagne, confiait ses enfants à une voisine. Un jour qu'elle entre à l'improviste, elle découvre que la voisine utilisait ses enfants pour mendier ! Le genre de chose qu'on n'envisage même pas, quand on vit dans un douar.
Première conséquence de cette précarité sociale générale, les douloureux arbitrages budgétaires. L'essentiel des maigres revenus de la famille est englouti par le loyer (350 DH en moyenne pour une chambre) et les factures d'eau et d'électricité. Souvent, on partage ces charges avec les voisins, la plupart des logements étant de simples chambres sans compteur individuel. Impossible de gérer le budget selon ses propres moyens, dans ces conditions. Impossible aussi d'avoir une vie intime, quand un poste de radio allumé dans une pièce dérange tout l'immeuble. Sans oublier, bien sûr, l'exiguïté des logements. Pour se changer ou avoir des relations sexuelles, il faut gérer le timing au plus près, attendre que les enfants soient sortis, faire le moins de bruit possible pour ne pas alerter les voisins…
Une fois le loyer, l'eau et l'électricité réglés, le strict minimum pour manger thésaurisé, il reste bien peu d'argent, qu'on affecte généralement à l'achat de vêtements ou de fournitures scolaires. Des dépenses très souvent sources de conflit entre parents et enfants : il y aura toujours à l'école un(e) camarade de classe mieux doté(e) qui se moquera d'un cartable déchiré ou de vêtements passés de mode. Une pression dont les parents se passeraient bien. Au moins, à la campagne, tous les enfants étaient égaux devant la pauvreté.
Même le bain public est souvent considéré comme un luxe, que les néo-urbains ne s'offrent que de loin en loin. Un arbitrage souvent invoqué : celui entre le bain public pour Madame ou les cigarettes pour Monsieur. Généralement, c'est Monsieur qui gagne et Madame qui se résigne à rester sale, faute d'argent. Mais tous ces très précaires équilibres sont bouleversés dès lors qu'un membre de la famille tombe malade. Les médicaments sont, en effet, le seul bien indispensable dont le prix est le même, qu'on soit riche ou pauvre (d'où la nécessité de développer les médicaments génériques, moins chers que les "marques"). Acheter des antibiotiques semblera à beaucoup comme la moindre des choses. Quand le membre d'une famille de néo-urbains (ou d'urbains précarisés en général) a de la fièvre, c'est tout un budget familial qui s'en trouve bouleversé.

Repartir ? Pas question !
Sur une série de 5 conditions (si l'école était plus proche du douar, s'il y avait des dispensaires à proximité, s'il n'y avait pas de sécheresse, s'ils avaient un travail régulier, un revenu adéquat)… aucune n'est suffisante pour faire dire aux néo-urbains qu'ils retourneraient vivre à la campagne. Et si les 5 conditions étaient réunies à la fois ? Un peu plus se laisseraient tenter, mais la majorité affirme qu'elle resterait tout de même en ville. Même si leur situation y est, on l'a vu, plus que précaire. Arguments : "Et quand bien même aurais-je de l'argent à la campagne, qu'est-ce que j'achèterais avec ?" ; "Si je reviens, on considérera que j'ai échoué, je me déshonorerai aux yeux de tous" ; "Comment revenir s'enterrer dans une pièce sans lumière alors qu'on a pris l'habitude de la télé, de la parabole… fût-ce au café ?". Alors que faudrait-il faire pour enrayer le phénomène de l'exode rural ? Silences, hésitations puis réponse, finalement unanime : "Il faudrait transporter la ville à la campagne". Autrement dit, fournir aux localités rurales le même niveau d'équipement et d'infrastructures qu'aux localités urbaines. Une équation impossible, qui devrait faire réfléchir bien des analystes qui planchent laborieusement sur le sujet depuis l'indépendance…
 
 
 
 
                               source Telquel online 

_________________
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Mar 21 Juil - 19:07 (2009)
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