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les générations à la peine

 
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tursonov


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MessagePosté le: Ven 16 Avr - 21:09 (2010)    Sujet du message: les générations à la peine Répondre en citant
La France préfère les vieux. Tel est le sentiment qui se répand depuis quelques années chez un nombre croissant d'observateurs. Ce jugement est discutable et masque probablement une réalité plus complexe, comme on va le voir. Mais il faut reconnaître qu'il a pour lui de sérieux arguments. Le vieillissement de la population donne en effet aux plus âgés un poids démographique inédit. Les inégalités de revenu et de statut dans l'emploi se sont plutôt creusées ces dernières décennies au détriment des jeunes générations. Les enfants sont de moins en moins assurés d'atteindre une position sociale équivalente ou supérieure à celle de leurs parents. Les titres scolaires, chèrement acquis, ne sont plus toujours synonymes d'insertion rapide sur le marché du travail. Les situations de pauvreté et de mal-logement affectent particulièrement les 20-30 ans… 
 
Avoir 20 ans en 2010
 
Et l'avenir ne paraît guère plus prometteur. Alors que les générations du baby-boom qui ont grandi à l'abri des Trente Glorieuses sont accusées d'avoir confisqué la plupart des positions de pouvoir, endetté la collectivité et consommé au mépris de l'environnement, les générations nées à partir des années 1980 semblent destinées à porter tout le poids de leurs retraites, de la dette publique et de la conversion écologique. 
Bref, il ne fait pas bon avoir 20 ans dans la France des années 2010. Ce cas n'est d'ailleurs pas isolé: la "Génération 1 000 euros" en Espagne et en Italie, ou encore la "Génération 700 euros" en Grèce racontent la même histoire. D'un bout à l'autre du monde développé, du Japon aux Etats-Unis en passant par le Royaume-Uni, des voix se font entendre pour attirer l'attention sur de nouvelles "générations sacrifiées" ou pour dénoncer l'emprise croissante du "grey power" (le "pouvoir grisonnant"). 
Faut-il s'attendre pour autant à des conflits de générations comparables à ceux qui marquèrent la décennie 1960? Probablement pas: la jeunesse d'alors était à la fois démographiquement plus nombreuse, économiquement moins éprouvée et culturellement plus mobilisée. Celle d'aujourd'hui ne cherche pas à s'émanciper de hiérarchies familiales largement effacées; elle est loin d'avoir la même puissance démographique; et elle critique moins un modèle productiviste qu'elle ne cherche à s'y intégrer. 
En outre, le diagnostic lui-même appelle discussion. Il pose deux séries de problèmes. Tout d'abord, l'exactitude des analyses avancées. Il existe assurément une question sociale intergénérationnelle dans la France de ce début de XXIe siècle. Mais quelle en est l'ampleur? Comme on le verra dans les pages qui suivent, ses contours et son intensité sont loin d'être clairement établis. Le rendement des titres scolaires et la recrudescence du déclassement social, pour ne prendre que ces deux exemples, sont l'objet de vives controverses qu'il convient d'examiner patiemment. 
De plus, la situation des plus âgés n'est pas aussi dorée que le suggèrent les adversaires du "grey power": les fins de carrière d'une grande partie des seniors sont loin d'en faire des "protégés", le niveau des retraites est en effet progressivement amoindri par les réformes successives de leur système de financement, et le spectre de la vieillesse miséreuse, encore fréquente dans la France des années 1960, revient hanter les catégories les plus fragiles. 
Enfin, les générations ne disent pas tout: si elles éclairent de nouvelles formes d'inégalités, elles peuvent en masquer d'autres. Y compris parmi ceux qui eurent la chance de célébrer leurs 20 ans en 1968, beaucoup allaient connaître les affres de la désindustrialisation dans des secteurs comme le textile ou la métallurgie. Et ceux-ci n'avaient pas fréquenté les universités parisiennes… L'égalité d'âge n'a jamais assuré l'égalité des chances, encore moins celle des conditions. 
 
Questions d'âge ou de génération?
 
Le second problème tient à la confusion fréquente entre les notions d'âge et de génération. Une génération est un groupe d'individus que les hasards de l'histoire ont fait naître à peu près en même temps, à peu près au même endroit. Un âge est un stade de la vie que traversent toutes les générations par vagues successives. Depuis trente-cinq ans que la France connaît le chômage de masse et un régime de croissance molle, plusieurs générations ont eu le temps d'en éprouver les conséquences ou de les redouter. Il y a bien longtemps que les difficultés d'insertion sur le marché du travail ne portent plus le millésime d'une génération particulière: elles sont devenues le lot de la jeunesse en tant que telle, et singulièrement des moins qualifiés. 
Certes, certaines générations paient un plus lourd tribut que d'autres: les jeunes qui se présentent aujourd'hui sur le marché du travail risquent de porter longtemps les séquelles d'un début de carrière par temps de crise. Dans les années 1990, les jeunes Japonais de la "décennie perdue" connurent une situation voisine. Et lorsque la croissance revint, ce n'est pas à eux qu'elle profita d'abord: on leur préféra souvent leurs successeurs, plus fraîchement diplômés. 
Au regard de ces difficultés, les conditions d'insertion qui furent celles des hommes et des femmes nés à la fin des années 1940 peuvent paraître enviables, même si elles ne débouchaient pas nécessairement à 30 ans sur des salaires supérieurs. Mais les forces qui travaillent désormais les rapports entre jeunes, adultes et seniors dépassent les effets de conjoncture, si dramatiques soient-ils. Elles relèvent, d'un côté, des transformations de l'économie: une demande toujours accrue de flexibilité, un marché du travail à la fois plus parcimonieux et plus exigeant en termes de qualifications; de l'autre, d'évolutions structurelles de très longue portée comme l'allongement de la vie ou l'émancipation des femmes. 
De la combinaison de ces facteurs résulte toute une série de conséquences qui redessinent la carte des âges: allongement de la durée des études, recul de l'âge des femmes au premier enfant, diffusion (encore insuffisante) de la formation tout au long de la vie, difficultés à articuler les différents temps sociaux (travail, formation, famille, loisir…), fins de carrière heurtées, risque de dépendance au seuil du grand âge… Ces mutations modifient le cycle de vie et font apparaître de nouvelles séquences où il n'y avait autrefois que des seuils: le long cheminement des jeunes adultes vers l'autonomie s'est ainsi substitué à l'entrée rapide dans la vie adulte qu'avaient connue leurs parents ou leurs grands-parents. 
Mais le fait qu'on ne sache plus très bien dire où finit la jeunesse et où commence la vieillesse ne traduit pas seulement un progressif effacement des frontières d'âge. Il témoigne aussi d'une incertitude croissante sur les conditions d'accès ou de maintien de l'autonomie tout au long de la vie. Le problème particulier que rencontre la société française vient de son incapacité à réinventer des solidarités ajustées à ces transformations. La France entretient un Etat-providence essentiellement fondé sur le salariat, ayant vocation à distribuer des revenus de remplacement à ceux qui ne peuvent plus travailler pour cause de vieillesse, de maladie ou de chômage. La fragilisation des statuts d'emploi, la persistance du chômage de masse et l'émergence de risques nouveaux comme le risque de dépendance mettent ce dispositif à rude épreuve. Elles imposent de repenser le système pour offrir aux personnes les conditions d'une autonomie qui soit associée à des parcours moins linéaires. Que ces parcours soient subis (du fait d'une mondialisation qui exige toujours plus de flexibilité) ou choisis (du fait d'une liberté acquise et revendiquée par les individus). 
 
Un lourd héritage
 
En attendant, on pourra juger que l'histoire est injuste avec les jeunes générations. Ce n'est malheureusement pas la première fois. Chaque génération a en effet rendez-vous avec une histoire qu'elle n'a pas écrite. Elle choisit ses réponses, mais pas les questions qui lui sont posées ni les conditions qui lui sont faites. Les Français qui avaient une vingtaine d'années dans les années 1950 ne choisirent ni la reconstruction ni la guerre d'Algérie. Tous participèrent, contestèrent ou se révoltèrent, mais ce fut là leur destin commun. 
On peut souhaiter que les jeunes générations et celles qui les suivront n'aient pas à connaître de telles épreuves. Mais on ne peut éviter qu'elles héritent de lourdes questions: définir de nouvelles solidarités dans un monde ouvert, inventer un mode développement respectueux de la planète, renouveler le sentiment d'égalité dans les démocraties. Tout en assumant la charge de toutes les générations qui se sont succédé jusqu'ici: transmettre le goût de l'avenir à leurs enfants. 

_________________
chaque nouveau né signifie que dieu n'est pas désespéré des hommes


Ven 16 Avr - 21:09 (2010)
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MessagePosté le: Ven 16 Avr - 21:09 (2010)    Sujet du message: Publicité
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